Document unique d'un institut de beauté ou d'une onglerie
Mis à jour le
Un institut de beauté ou une onglerie qui emploie une salariée ou une apprentie doit avoir un document unique. Dans l'esthétique, la convention collective va plus loin que le Code du travail : le document est mis à jour au moins une fois par an, dès le premier salarié. Et le risque propre au métier, à évaluer en premier, est souvent celui des produits des ongles.
Obligatoire dès la première salariée, à jour chaque année
Le Code du travail oblige tout employeur à évaluer les risques et à les transcrire dans un document unique (articles L4121-3 et L4121-3-1). La mise à jour annuelle n'y est imposée qu'à partir de 11 salariés (article R4121-2). Mais la convention collective de l'esthétique-cosmétique (IDCC 3032) prévoit, dès l'embauche du premier salarié, une mise à jour au minimum annuelle, et demande d'associer les salariés à l'élaboration et à la révision du document (article 7.2). Dans tous les cas, le document se met à jour à chaque changement important : nouvel appareil, nouvelle prestation, travaux, ou quand une information nouvelle apparaît, par exemple après un accident. Le détail est dans la mise à jour du document unique.
Ce que disent les chiffres du métier
Selon l'Assurance Maladie, reprise par l'INRS :
- en soins esthétiques, 50 % des accidents du travail sont dus aux chutes (de hauteur et de plain-pied) et 40 % aux manutentions ; un accident coûte en moyenne 57 jours d'arrêt, une maladie professionnelle 182 jours (INRS ED 6385) ;
- dans l'ensemble des soins de beauté, chiffres repris par la fiche sur le soin et la prothésie ongulaire, 60 % des accidents sont dus aux chutes et 24 % aux manutentions ; 81 jours d'arrêt par accident, 244 par maladie professionnelle (INRS ED 6507).
Les maladies professionnelles, elles, viennent surtout des produits (allergies, asthme) et des postures (dos, nuque, épaules, poignets).
Les unités de travail d'un institut
Trois à six unités suffisent. Pour un institut type :
- Cabines de soins : soins du visage et du corps, massages, épilation à la cire, beauté des pieds, appareils (lampe UV, cabine de bronzage, lumière pulsée).
- Onglerie : manucure, vernis semi-permanent, pose d'ongles en gel ou en résine, ponçage, limage, dépose.
- Espace humide : hammam, sauna, jacuzzi, douches.
- Accueil, vente et caisse : accueil des clientes, téléphone, rendez-vous, encaissement, vente de produits.
- Réserve et linge : réception et rangement des produits, cartons, linge, serviettes.
- Prestations à domicile : soins chez les clientes ou en entreprise, trajets avec le matériel.
Ne gardez que celles qui existent chez vous : pas d'espace humide sans hammam ni douche, pas de prestations à domicile si tout se fait à l'institut.
Les produits des ongles : le risque à évaluer en premier
Résines, vernis, bases, solvants, dissolvants et poussières de ponçage : selon l'INRS, leur usage répété peut provoquer allergies, asthme, maux de tête, intoxications et, pour certains produits, des effets sur la fertilité ou des cancers. Pour les agents chimiques dangereux, le Code du travail demande à l'employeur :
- d'évaluer les risques de chaque activité exposée, à partir des propriétés des produits et des informations du fournisseur : fiches de données de sécurité, ou composition demandée pour les produits cosmétiques qui n'en ont pas (articles R4412-5 et R4412-6) ;
- de supprimer le risque, sinon de remplacer le produit par un produit ou un procédé moins dangereux (article R4412-15) ; à défaut, de capter à la source et de ventiler avant de recourir aux gants et aux masques (article R4412-16) ;
- pour un produit cancérogène, mutagène ou toxique pour la reproduction, de chercher à le remplacer et de consigner le résultat de ses recherches dans le document unique (article R4412-66) ;
- de donner aux salariées l'accès aux fiches de données de sécurité, une formation, et une notice de poste pour chaque poste exposé (articles R4412-38 et R4412-39).
Les mesures que recommande l'INRS pour l'onglerie (ED 6507, ED 6355, ED 4474) :
- demander par écrit au fournisseur des produits sans substance sensibilisante, cancérogène, mutagène ou toxique pour la reproduction ; l'INRS propose une lettre type ;
- éviter les poudres à mélanger et préférer le gel à la résine ;
- une table aspirante qui rejette l'air à l'extérieur, et une ventilation générale ; selon la fiche de l'Assurance Maladie, l'aspiration se fait par une grille de plus de 225 cm², l'air est filtré puis rejeté dehors, les filtres sont changés selon le fabricant et l'efficacité vérifiée chaque année ;
- des gants jetables en nitrile pour la préparation, le modelage, le ponçage, la pose et la dépose, des mains lavées et bien séchées, pas de bijoux aux mains ;
- des récipients refermés après usage et des poubelles fermées.
Apprentie mineure et salariée enceinte
Une apprentie de moins de 18 ans ne peut pas manipuler d'agents chimiques dangereux, sauf exceptions limitées (article D4153-17). Pour qu'elle pose de la résine ou du vernis classé dangereux pendant sa formation, l'employeur doit avoir évalué les risques propres aux jeunes dans le document unique, l'avoir formée, la faire encadrer, obtenir un avis médical d'aptitude, puis envoyer une déclaration de dérogation à l'inspection du travail avant de l'affecter à ces travaux (articles R4153-40 et R4153-41). La démarche est détaillée dans apprenti mineur et document unique.
Une salariée enceinte ou qui allaite ne peut pas être affectée à un poste qui l'expose à des produits toxiques pour la reproduction de catégorie 1A ou 1B (article D4152-10) : demandez la composition au fournisseur, les produits cosmétiques n'ayant pas toujours de fiche de données de sécurité. La convention collective de l'esthétique lui accorde aussi une demi-heure de travail en moins par jour dès le troisième mois de grossesse, une heure dès le sixième mois révolu, sans baisse de salaire (article 12). Voir salariée enceinte et document unique.
Lampes UV, lumière pulsée, laser, cabine de bronzage
Ces appareils émettent des rayonnements optiques artificiels. L'employeur évalue l'exposition des salariées à partir des données du fabricant et, si elles ne suffisent pas à conclure à l'absence de risque, calcule et au besoin mesure les niveaux ; les résultats vont dans le document unique (articles R4452-7 et R4452-10). Il réduit l'exposition à la source et fournit des protections, comme des lunettes, quand elle ne peut être évitée autrement (articles R4452-13 et R4452-16). L'INRS recommande des lunettes de protection pendant l'utilisation des lampes UV et qu'aucun salarié ne reste dans une cabine de bronzage pendant la séance (ED 4474). Un jeune de moins de 18 ans ne peut être affecté à des travaux qui risquent de dépasser les valeurs limites qu'avec une dérogation (article D4153-22).
Postures, chutes et clientèle
- Postures : tables de soins et tabourets réglables en hauteur, desserte à roulettes, sièges réglables et repose-pieds à l'onglerie, éclairage d'appoint, soins alternés et pauses. La convention collective demande des sièges adaptés au poste (article 7.2).
- Chutes : passages dégagés, câbles cachés, sol antidérapant spécial milieu humide pour le hammam, raclettes, chaussures fermées et non glissantes, escaliers éclairés avec main courante.
- Cire chaude : chauffe-cire stable, températures et niveaux respectés, formation au thermostat.
- Clientèle et organisation : travail sur rendez-vous, accueil organisé pour ne pas interrompre les soins, consignes écrites en cas de litige. Voir les risques psychosociaux dans le document unique.
Les aides de l'Assurance Maladie
Un document unique réalisé et mis à jour depuis moins d'un an fait partie des conditions des subventions Prévention pour les entreprises de moins de 50 salariés (les entreprises de moins de 11 salariés sont dispensées de la mise à jour annuelle pour ces aides). La subvention « Risque chimique équipements » peut financer 70 % d'équipements comme une armoire de sécurité ventilée pour stocker les produits avec rejet à l'extérieur, ou des bacs de rétention, dans la limite de 25 000 € HT sur 2023-2028 et des budgets de votre caisse régionale. Les conditions et le reste du matériel finançable sont dans les subventions de l'Assurance Maladie.
En résumé
- Un document unique dès la première salariée ou apprentie, mis à jour au moins chaque année selon la convention de l'esthétique.
- Les produits des ongles évalués à partir de leur composition, remplacés quand c'est possible, captés à la source.
- Une apprentie mineure sur des produits dangereux : évaluation, formation, encadrement, avis médical et déclaration de dérogation.
- Une salariée enceinte jamais exposée aux produits toxiques pour la reproduction, et son horaire réduit selon la convention.
- Les lampes UV, la lumière pulsée et le laser évalués, avec des lunettes de protection.
Pour voir un document rempli : exemple de document unique d'institut de beauté. Pour faire le vôtre : document unique institut de beauté.
Sources : INRS, ED 6385 Soins esthétiques, ED 6507 Soin et prothésie ongulaire, ED 6355 et ED 4474 TutoPrév' Accueil Métiers de la beauté ; Assurance Maladie, page « Instituts de beauté et de prothèse ongulaire » et fiche « Comment bien choisir une table aspirante de prothésie ongulaire », conditions de la subvention Risque chimique équipements (janvier 2026) ; Code du travail, articles L4121-3, L4121-3-1, R4121-2, R4412-5, R4412-6, R4412-15, R4412-16, R4412-38, R4412-39, R4412-66, D4152-10, D4153-17, D4153-22, R4153-40, R4153-41, R4452-7, R4452-10, R4452-13 et R4452-16 ; convention collective nationale de l'esthétique-cosmétique (IDCC 3032), articles 7.2 et 12, lus sur Légifrance le 16 octobre 2026.